[Travail en cours]
J’ai longtemps cru que ça ressemblerait à un long rêve. Et puis c’est arrivé sans trop que je m’en aperçoive. Jane Villenet a quitté FIP. Un vendredi soir. Edouard a fêté ses dix ans. Je suis tombé amoureux, j’ai acheté un canapé et mon père est à la retraite. Je suis tonton, deux fois. Je sors moins le samedi soir et Christian est mort. Il était né à Héliopolis, dans la banlieue du Caire et aurait aimé être acrobate dans un cirque. Il est parti au crématorium de Clamart. C’est sur la ligne T6 du tramway. Elle était en construction depuis longtemps. Je me souviens des travaux à Viroflay, quand j’étais au lycée. J’y pensais pas.
J’ai eu trente ans, un matin de janvier. Rien de grave. C’est plus calme, moins intense. Un peu flou. Il y a eu comme un besoin d’ancrage. Plus qu’avant, quand je voulais que ça ressemble à un long rêve.
Alors, il a fallu écrire ma filiation à des réalités tant personnelles que collectives et mon appartenance au monde qui m’entoure. À ce qui est, à ce qui a été. A l’odeur mêlée de tabac et d’essence de térébenthine de l’atelier de mon grand-père, qui était né à Héliopolis et aurait aimé être acrobate. À quelques souvenirs partagés. À mes amis. A mes jeunes neveux. À ma vieille Clio. Au city-stade goudronné de mon village. À l’amour, à la mort. Au Pont du Département et au kebab sauce algérienne. Aux épaules de mon père, luisantes de crème solaire, desquelles je me jetais dans les vagues quand j’étais enfant.
Écrire l’appartenance, pas comme une interrogation, mais comme un début de réponse.


























