Ironing Board Sam

I was banging on the piano when my mom died. No one told me about death. I just wanted to leave Rock Hill and never come back. I was 3 years old.

Sam – Montgomery, AL – Avril 2017

Il avait dans le regard les images du passé et ce le léger sourire, apaisé, d’un homme qui évoque l’amour pour sa mère. Dans le silence qu’imposait le souvenir de la mort, il avait répété, tout bas et à plusieurs reprises, “Mama”. Pendant un court instant, je n’existais plus. Il partageait avec lui-même et pour lui-même l’affection, le souvenir d’un visage, les restes d’un parfum.

En septembre 2012, je m’installe en Caroline du Nord, aux Etats-Unis, et intègre l’équipe de la Music Maker Relief Foundation. Tout juste arrivé, je rencontre le pianiste Ironing Board Sam avec qui je me lie d’amitié. Je l’accompagne sur scène pendant plusieurs mois aux Etats-Unis avant de rentrer en France à l’automne 2013. Nous nous croisons de nouveau en France en septembre 2014, alors que Sam vient donner une série de concerts dans le cadre du festival des Musiques d’Ailleurs d’Amiens. Mais en 2015, il est victime d’un AVC, perd l’usage de sa main gauche et doit mettre un terme à 50 ans de carrière musicale. 

Depuis 2016, je lui rends visite chaque année dans son appartement de Montgomery, en Alabama, afin de capter, grâce à mes appareils photos et mon micro, tout ce que cet homme a encore à apporter au monde. Sam aime partager et cela s’est toujours ressenti sur scène. Il aime partager avec le public, échanger, apprendre, enseigner. La musique était un moyen privilégié de dire son amour des autres et du monde. Ces photos sont ma façon de lui rendre un peu de ce qu’il m’a apporté, en donnant à voir ce qui ne peut plus être entendu et en assurant à mon ami une forme de reconnaissance, au delà de la langue et des frontières. Par l’image, j’espère faire résonner le plus longtemps possible la musique de ce grand artiste. 

Né à la fin des années 1930 en Caroline du Sud, Sam décide très jeune de consacrer sa vie à la musique. Au milieu des années 1960, il est l’un des invités les plus appréciés de l’émission de télévision Night Train, à Nasheville, la première à consacrée à la musique afro-américaine. Il y croise Billy Cox et un jeune Jimi Hendrix avec qui il se lie d’amitié. La route le mène à Miami, où il joue avec Jerry Lee Lewis ou encore James Brown. A la fin des années 1960 il s’installe à la Nouvelle-Orléans, où il devient une véritable légende.