Une Poussière Dans l’Œil

J’intègre à l’automne 2019, en tant que photographe, l’équipe du Cabaret de Poussière, menée par Martin Dust avec qui je me lie d’une grande amitié, et que j’accompagne depuis trois ans, du Zèbre de Belleville au Bataclan, à Paris. Chaque mois, Martin renouvèle un spectacle politique et militant et invite sur scène des artistes venus de tous les horizons qui, tour à tour, viennent exprimer, dans une explosion de joie et de colère, leur désir d’être, leur besoin d’exister.

On y rit beaucoup. On y pleure, parfois. On y crie souvent. On y raconte le Corps. Tous les corps, mis en mot et en lumière par des histoires crues, tristes et belles.

Longtemps j’ai questionné, en tant que photographe, ma place au sein de cette troupe. Longtemps j’ai aimé à me rappeler aux mots de Rezvani, qui dans son Testament Amoureux soulignait cette contradiction : être de quelque part et en être à la fois exclu. Dans une célébration photographique de ces corps que je souhaitais éternels, j’étais en quête de l’existence de mon propre regard, emporté par le rythme des cœurs battants qui m’entouraient. Il me fallut conjuguer, sur pellicule, un imaginaire iconographique à la douce et brute réalité d’un Autre, dans des loges chargées de paillettes, de combats et de liberté. Je n’ai trouvé comme réponse à mes questionnements rien d’autre qu’une ivresse collective, un égarement confortable, un trouble chaud. Rien d’autre, si ce n’est eux, nos échanges, nos rêves. Rien d’autre, si ce n’est ce nous qui manquait à mon moi. Rien d’autre, si ce n’est la célébration de notre présence au monde.

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