Freeman Vines

« See, back in those days, thousands of slaves worked in the plantation. There ain’t no slave cemetery around here. Where in the world did they bury the slaves ? »

Septembre 2018. Fountain, Comté de Pitt, en Caroline du Nord. Il fait chaud. Sous le porche de sa vieille maison, rongée par les termites et dans laquelle plus personne ne rentre, Freeman Vines scrute un champ de tabac qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Il m’invite à m’asseoir sur un vieil ampli et me demande de jouer sur l’une de ses guitares. Il fait chaud. Il fait chaud et humide, très humide.

Freeman Vines est luthier et sculpteur. Dans un environnement figé par le poids de l’histoire, le monde de Freeman est en perpétuel mouvement. Il considère que chaque chose est mûe par une âme propre et les objets et outils de son atelier possèdent chacun leur univers poétique. Dans ce petit musée qui se renouvelle sans cesse, on assiste à un dialogue de bois et de poussière, témoins de l’histoire des hommes. Certaines de ses guitares sont construites à partir de bois issus d’arbres qui servaient à pendre des afro-américains. Pour que personne n’oublie, dit-il, et pour que ces voix meurtries et souvent anonymes puissent, par la musique, dire leur histoire.  

Depuis 2015, Freeman Vines est artiste partenaire de la Music Maker Relief Foundation, qui travaille à la promotion de son activité de luthier et de sculpteur.

Je rends visite à Freeman chaque année et tente de retranscrire au travers de l’image cet univers de rêve et de colère, où les guitares côtoient quelques armes à feu et où le crépitements des amplis affronte la violence des silences de l’histoire. Travailler avec Freeman c’est écrire au delà de la relation photographe-sujet, pour donner à voir le bruit et son absence. C’est également participer avec lui au travail de transformation de la matière brute à l’objet et de l’objet à l’image. Mais c’est surtout se retrouver au coeur du processus universel de la transmission, dans un jeu de miroir en noir et blanc entre deux hommes, deux générations et deux cultures.