A l’âge de la Mer d’automne

Novembre 2020. Je m’apprêtais à partir en Tanzanie et au Kenya pour différents reportages mais le confinement imposé en France, en raison de la crise du Covid-19, m’obligeait à différer mon départ de plusieurs semaines. Je décidais donc de partir m’isoler dans la maison familiale, au bord de l’Atlantique.

Le second confinement était survenu alors que je me préparais au mouvement. Son absence se fit donc beaucoup plus sensible, à mesure que mes projets d’adulte rencontraient, dans le fracas sourd des marées et la trop forte odeur de vase, les souvenirs de l’enfance. Le retour à la Mer d’automne devint un cocon riche de rêveries et de réminiscences, dont les reflets écumeux constituaient l’univers sensoriel d’un entre-deux-êtres, dans lequel je me trouvais alors isolé.

Aussi, la frontière entre le vécu, l’imaginé et l’imaginaire m’apparut de plus en plus poreuse et la pellicule argentique en constitua le point de passage privilégié. L’acte photographique devint l’articulation de mon état transitoire, de ce manège de l’en-dedans et de l’en-dehors, dont je ne savais plus très bien lequel enveloppait l’autre. 

Dans ce Je de construction que m’offrait la mémoire, je bâtissais des châteaux de sable qui n’étaient plus – qui n’avaient peut-être jamais été – et que je m’efforçais de réinventer, de réinvestir. Il me semblait vivre une existence en miroir, dont les contours flous allaient peu à peu se dessiner dans ce qui resterait, en transmission, de l’enfant passé à l’homme devenu, de celui qui regarde vers son propre reflet.

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